Les incendies : décryptage avec Jean-Laurent Félizia

Spécialiste du biotope méditerranéen, administrateur au Domaine du Rayol et chef d’entreprise, interview avec Jean-Laurent Félizia sur les terribles incendies ayant ravagés 7 100 hectares dans le Massif des Maures. 

Bonjour Jean-Laurent, comment il faudrait vous présenter ? 

Je suis paysagiste, c’est le métier de jardinier que je pratiquais à la base il y a 30 ans qui me la fait devenir petit à petit. On touche d’abord à l’infiniment petit puis on commence à appréhender l’infiniment grand, le territoire, les grands paysages, et donc les écosystèmes. En tout cas, c’est un métier que j’ai choisi. Par ailleurs, je suis militant, dans l’écologie j’ai trouvé les vraies raisons de décliner toutes les thématiques de notre quotidien autour du Vivant. Nous en dépendons impérieusement. Il y a 20 ans, mon entreprise (NDLR : Mouvements et Paysages) approchait les jardins et les paysages de manière décalée. Elle était quelquefois marginalisée. Aujourd’hui, toute la profession voudrait écologiser ses pratiques, sa lecture de la conception des espaces à vivre. Il était temps. 

Les incendies récents du massif des Maures : les images sont terribles, les conséquences aussi (humaines, matérielles, faunistiques, floristiques)… 

Oui, c’est dramatique de voir partir en fumée avec une telle violence ces écosystèmes qui sont finalement bien plus que de la biomasse, mais aussi du temps et de l’espace. Pour autant, cela ne doit pas nous éloigner de la réalité des cycles biologiques, des strates et des grands Paysages qui ont co-évolué avec l’élément naturel qu’est le feu. Si les espaces urbanisés souffrent cruellement à cause des feux, si les moyens engagés peuvent se trouver mis en périls et si les populations sont rendues vulnérables voires victimes de ces sinistres (NDLR : 2 personnes sont décédées), peut-être pourrions-nous poser la question plus honnête de la pertinence de l’aménagement du territoire ou de la place que nous voulons consacrer à la forêt dans l’espace péri-urbain

Le maquis, les chênaies ou les pinèdes renaîtront. Ces formations végétales ont adopté des stratégies finement adaptées pour ne jamais s’effacer du paysage. Pour ce qui est de la faune, c’est plus complexe, plus long, et sa survie est souvent liée à la typologie des incendies, à leur intensité, à leur rapidité d’avancement. 

En somme, j’aurais presque envie de dire que le feu nous touche, nous genre humain, pour nos vies, pour le transfert émotionnel que nous y apposons, pour nos biens matériels qui peuvent y subir dommages et préjudices. Les milieux naturels se refont, se sont toujours refaits selon leurs logiques biologiques et écosystémiques. 

Comment prévenir (=avant) et lutter efficacement (=pendant) ? 

Les dispositifs de prévention se sont renforcés. Même s’il y a beaucoup à dire sur les modalités de débroussaillement des parcelles en lisière des habitations tant le sacrifice de biodiversité est gigantesque, ce qui autrefois pouvait être autant de surfaces potentiellement inflammables a été fortement réduit. La présence des CCFF ou des patrouilles, des gardes verts, des vigies et des moyens cartographiques par détection infrarouge sont autant de moyens déployés ces dernières années qui permettent une intervention rapide des secours juste après le départ d’un feu. Mais il faut reconnaître, comme cela a été le cas sur le sinistre de Gonfaron, que lorsque la sécheresse est cumulée (- de 300 mm depuis Janvier dans les Maures accompagné d’un hiver peu pluvieux) avec une hygrométrie basse et un vent violent, il n’y pas grand espoir de circonscrire un feu déclaré qui devient de fait une catastrophe naturelle et écologique. Dans ces cas là, il ne reste plus qu’à protéger les biens matériels et humains. 

Quel est votre avis du coup sur les outils DFCI actuels ? vers quoi il faudrait tendre ? 

On le sait tous, depuis les périodes successives d’exode rural, la forêt autrefois habitée et anthropisée a avancée. En même temps, villes et villages se sont étalés. A la croisée des deux, se trouvent ces zones vulnérables aux feux pour les deux entités. Sans doute doit-on aujourd’hui mieux réfléchir à ces espaces tampons. Les mettre en posture de terres forestières et durables, pastorales et nourricières, les rendre collectives plutôt que privées et jouer avec leur situation pour créer ce que d’aucuns voudraient nommer coupe-feu. Car si les DFCI sont sans doute de bonnes solutions pour des contextes bien adaptés, ce ne sont pas des panacées. 

La tortue d’Hermann, la Cistude, le lézard oscellé, sont-ils à terme condamnés ? 

Certainement pas ! Ce sont des espèces protégées qui sont présentes depuis plus de deux cents millions d’années et résistent désormais à l’anthropocène. Leurs populations ont sans foute été impactées mais pas de manière à les condamner. Leurs effectifs se reformeront avec le concours de corridors écologiques qu’il faudra conforter. Il y a plus matière à s’inquiéter pour l’avifaune, les chiroptères et les petits mammifères. Eux sont bien plus vulnérables et n’ont pas de véritables refuges comme les reptiles.  Il est certain que les pertes ont dû etre nombreuses. 

Que faire après un feu ? 

En fait, une fois le feu passé, fixé et éteint, le sol reçoit un message. Ce message, c’est d’abord la présence d’une molécule contenue dans la fumée qui va contribuer à la levée de la dormance des graines des végétaux méditerranéens qui attendaient la libération de l’espace concurrentiel. Ce sont des Ericacées (bruyères, arbousiers, cistes, lavandes à toupet, ..). Mais le message qui arrive au sol, c’est aussi un apport massif de potasse, de carbone, de calcium. Ces éléments resteront statiques jusqu’aux premières pluies. Des experts du climat méditerranéen qui ont analysé les pyropaysages au Chili, en Australie, en Californie et en Afrique du Sud révèlent qu’une forme de résilience permet le sursaut de ces écosystèmes de manière très organisée. 

Dans le maquis du Massif des Maures, on a observé que si certains sujets arborescents ou arbustifs ne se remettent pas du feu, il faut 24 à 36 mois pour remarquer que la Biodiversité du milieu est supérieure à celle qui préexistait avant l’incendie. Et c’est normal. Ce que nous voyons, ce n’est pas ce qui est. En réalité, un maquis de 25 à 30 ans de maturité est pauvre. Il est certes beau parce qu’il comporte des sujets élevés mais sa diversité végétales est bien moindre qu’une fruticée quatre ans après l’incendie. Autrement dit, après le passage du feu, il faut laisser le temps aux végétaux de pratiquer leur régénération et décider en fonction des facteurs hydriques, édaphiques et climatiques de leur capacité à reprendre cours à la dynamique des populations. Au bout d’un an, les premiers gestes de tailles, de fascinages et broyages peuvent être engagés. 

Les étapes de la régénération (par Mouvements et Paysages)

A noter dans vos agendas : Jean-Laurent Félizia, spécialiste du biome méditerranéen, donnera une conférence le dimanche 10 octobre à 14h30 sur le sujet de la régénération post-incendie à l’occasion des 5 ans du Week-end du chêne-liège au Domaine de Baudouvin (La Valette-du-Var). 

1 commentaire pour “Les incendies : décryptage avec Jean-Laurent Félizia”

  1. J ai bien lu cet article expressement bien ecrit oû il est quand meme dit a demi mot que les collines et region forestieres etait avant des endroits de pastoralisme qui a bien recule et qu au jour d au jourdhui les villes et villages če sont étendues
    ……..ca veut bien dire ce que ca veut dire
    N en déplaise a certain

    Mais c est bien dit ! et bien enveloppe avec tous les autres elements tres bien analyses

    Merci Jean Laurent Felizia

    Donc cela doit être reconnu en catastrophe Naturelle
    Meme si a la base un megot ……

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