Emblématique des paysages méditerranéens et particulièrement présent dans le Var et le golfe de Saint-Tropez avec un enjeu paysager fort, le pin parasol fait face à la cochenille tortue du pin, un insecte ravageur qui se propage dans la région.
Pour mieux comprendre son histoire, sa place dans les paysages provençaux, ses caractéristiques et les enjeux, nous avons interrogé Jean-Laurent Félizia, botaniste.
Pourriez-vous nous raconter l’histoire du pin parasol et son arrivée en Provence ?
On peut considérer que le pin parasol est d’abord originaire de la botte italienne, où il est présent dans des populations indigènes et relictuelles depuis le Néolithique.
On peut également considérer que c’est l’Empire romain qui l’a ensuite implanté dans différents territoires, notamment là où il installait des ports et des villas romaines. Il était alors planté comme un arbre fruitier, notamment pour ses pignons, un fruit sec particulièrement recherché.
Le pin parasol a ainsi progressivement pris sa place sur le littoral méditerranéen. C’est une espèce thermophile, mais certaines variantes lui ont permis de s’acclimater dans des zones un peu plus froides.
Pour moi, le pin parasol fait, aujourd’hui, partie intégrante du paysage.
Quelle est aujourd’hui la place du pin parasol dans les paysages provençaux ?
Le pin parasol couvre aujourd’hui entre 2 000 et 3 000 hectares dans le Var. Il est particulièrement présent dans la plaine des Maures, mais aussi dans certains secteurs où les Romains s’étaient installés.

À Hyères, par exemple, autour de l’hippodrome, ou encore à Gigaro, sa présence est notamment liée à ces anciennes implantations romaines, autour des fortifications et des points d’observation.
Il est donc aujourd’hui fortement associé à certains paysages emblématiques de Provence, notamment ceux du golfe de Saint-Tropez.
Quelles sont les caractéristiques de cet arbre ?
Parmi les espèces du genre Pinus, le pin parasol est l’une de celles qui possède la plus grande longévité. Il peut atteindre 250 à 300 ans.
C’est également un arbre qui pousse rapidement. Cela le rend cependant plus vulnérable, car la fibre de son bois est beaucoup moins dense que celle d’autres pins, notamment le pin d’Alep.
Le pin parasol possède toutefois une caractéristique intéressante face aux incendies : c’est l’un des résineux qui résiste le mieux au feu. Sa résilience est de l’ordre de 20 %, contre moins de 5 % pour le pin d’Alep.
Il possède également une forme de « débroussaillement naturel ». Son houppier produit beaucoup d’ombre au sol et, avec une forme de télétoxicité, le couvert végétal autour de l’arbre reste relativement peu diversifié. On peut notamment y retrouver de l’asperge sauvage, du fragon, peut-être de la pervenche ou du lierre terrestre, mais finalement assez peu d’autres espèces.
Avec le temps, le pin parasol se débarrasse également de ses branches basses et son houppier devient progressivement plus haut.
Qu’est-ce que la cochenille tortue du pin, d’où vient-elle et comment est-elle arrivée ?
La cochenille tortue est un parasite originaire de l’Oregon, en Amérique du Nord.

L’histoire de son arrivée demande encore à être vérifiée, mais on considère que c’est au Vatican, lorsqu’on a voulu remplacer des pins arrivés en fin de vie, que d’autres sujets auraient été introduits.
À la Messardière, à Saint-Tropez, on aurait également profité de cet arrivage pour renforcer un couvert de pins parasols qui était alors en train de dépérir.
Peut-on s’attendre à une situation comparable à celle du Matsucoccus sur le pin maritime ?
Si l’on compare la présence du pin maritime avant l’arrivée du Matsucoccus, il était 90 % plus présent qu’aujourd’hui. Mais il en reste, et cela montre que ce n’est pas forcément la fin.
Je me dis toujours que la sélection naturelle finit par créer des souches résistantes. On peut donc espérer que le pin parasol connaisse le même phénomène.
Existe-t-il aujourd’hui des moyens de lutte efficaces ?
Si l’on se réfère aux méthodes actuellement en vigueur, il faut avant tout suivre les recommandations de la DRAAF et surtout de la FREDON, avec des personnes habilitées à donner des préconisations. La préfecture a également mis en ligne un site dédié à la cochenille tortue, avec l’arrêté et les méthodes de prophylaxie.
Une chose est très claire : une forte densité de pins parasols favorise la propagation rapide des ravageurs émergents. Il faut donc réfléchir à la manière de requalifier le couvert végétal pour éviter que les houppiers ne forment un corridor permettant au ravageur de se propager.
Il existe plusieurs méthodes de lutte, notamment la paraffine, l’huile essentielle d’orange douce, le Spruzit à base de pyréthrine de synthèse ou encore l’utilisation d’auxiliaires. Ces méthodes peuvent également être utilisées en complément de traitements insecticides.
Pour ma part, je pense qu’il ne faut pas faire confiance aveuglément aux méthodes d’injection. Elles représentent d’abord une atteinte pour l’arbre, puisqu’il faut réaliser de nombreuses perforations dans ses tissus pour installer les canules et injecter le produit à base d’azithyraquine. On ne sait d’ailleurs pas encore s’il est véritablement homologué, puisque nous n’avons pas eu les retours de l’ANSES.
Il existe donc des méthodes de lutte, mais j’en reviens à une stratégie de phytogéographie. Il faudra nécessairement faire des choix et privilégier certains sujets, car on ne pourra pas tout sauver.
Il faudra également mettre en place une stratégie collective plutôt que d’agir de manière isolée. Sans action coordonnée, les résultats risquent d’être très aléatoires.
Quelles sont les perspectives pour les prochaines années ?
C’est peut-être mon côté optimiste, mais pour moi, le pin parasol n’est pas perdu. Il faut cependant savoir quels moyens et quelles dépenses on est prêt à consacrer à sa protection.
La question est donc de savoir si l’on met en place un protocole de lutte, ou si l’on laisse le phénomène évoluer tout en prenant les mesures nécessaires pour éviter qu’il ne s’amplifie et ne se propage trop rapidement.
Lorsque les pins sont devenus trop difficiles à traiter, on peut les couper, les broyer et les laisser sur place. C’est une méthode assez naturaliste, qui permet également d’éviter l’utilisation de produits phytopharmaceutiques, même lorsqu’ils sont d’origine végétale.
On peut aussi choisir de préserver en priorité certains arbres patrimoniaux qui présentent un intérêt particulier. Il faut toutefois rappeler que, depuis plusieurs années, avec le dérèglement climatique, la production de pommes de pin et de pignons a fortement diminué.
Il faut donc préserver certains sujets, éviter que le pin parasol ne se développe davantage dans les zones périurbaines et surtout mettre en place une stratégie collective. Si chacun agit de son côté, on risque de se retrouver avec une lutte anarchique et des résultats très aléatoires.
Il ne faut pas non plus oublier que les arbres qui vont mourir finiront, à un moment donné, par ne plus être porteurs du parasite. Le bois du pin parasol peut alors également être valorisé. C’est un bois d’œuvre, et cela pourrait donc aussi faire partie d’une filière.

